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Interview : « Un observatoire Emploi-Energie sera opérationnel fin 2009 », Claude Bassin-Carlier de l'Arene Ile-de-France

2 mars 2009

Le 12 février  se tenait à Bruxelles, dix ans après la signature des accords de Kyoto et à l’occasion de la semaine européenne des énergies renouvelables, un colloque intitulé « Energie et emploi : initiatives et opportunités en Europe ». Rencontre avec son instigateur Claude Bassin-Carlier, le Directeur de l’Agence régionale de l’énergie et de l’environnement en Ile-de-France.

ENVIROJOB: Quel était le but de ce colloque « Emploi-Energie » organisé ici à Bruxelles ?

Claude Bassin Carlier : Notre politique à l’Arene IDF a pour objectif de mobiliser les acteurs sociaux économiques sur des thématiques liées au développement durable, surtout dans trois secteurs : l’énergie, la mobilité et la construction durable. Nous ne nous contentons pas d’informer mais nous suscitons aussi les rencontres pour accélérer les partages d’expériences et faire bouger les lignes.
En octobre 2007 à Paris, nous avions déjà organisé une conférence sur ce thème avec des acteurs privés tels que Dalkia, Amperel, Izuba et avec des institutionnels comme l’Ademe, la ville de Besançon...
Ici en Belgique, en partenariat avec la Fedarene (European Federation of Regional Energy and Environment Agencies), nous récidivons donc avec ce colloque mais cette fois-ci avec l’idée d’écouter davantage nos voisins européens. Avec eux, mais aussi avec des représentants du monde syndical dont l’analyse est intéressante, nous voulions confronter les regards et les initiatives.

ENVIROJOB :
Doit-on s’attendre à une vague de création d’emplois dans le secteur de l’énergie ?

CBC : Une vague ? Il faut se méfier du poids des mots. Depuis 20 ans, de faux espoirs ont souvent été créés. Chacun y est allé de sa petite musique, surtout les hommes politiques, pour promettre la création de millions d’emplois dans l’environnement. D’ailleurs, même entre nous, nous sommes souvent obligés de nous interroger : qu’est-ce qu’un emploi environnemental ? Un jardinier par exemple, selon ses techniques, aura un impact tantôt bénéfique tantôt néfaste sur l’environnement. Qui doit-on comptabiliser ? Dans l’énergie, de nombreux emplois devraient voir le jour.
Les chiffres du dernier rapport sur le sujet de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), qui nous ont été rappelés lors du colloque, sont assez optimistes par exemple. Il y a un potentiel. Des emplois peuvent voir le jour. De mon point de vue, par exemple, la gestion assez lente de l’après tempête en ce début d’année en France prouve que nous devrions développer l’énergie locale et non délocalisable. Des emplois pourraient être créés là aussi. Je m’étonne d’ailleurs, au passage, que les défenseurs des énergies renouvelables ne se soient pas élevés pour souligner les inconvénients des vastes réseaux…
Mais, pour revenir au colloque, il faut avouer que le point de vue défendu ici par le représentant des salariés me semble également intéressant. Ne va-t-on pas parfois aussi détruire des emplois pour en créer de nouveaux ? Comment peut-on s’organiser pour palier au manque de techniciens compétents ? Ces questions méritaient d’être posées. Les collectivités et les centres de formations vont devoir se bouger, c’est évident.

ENVIROJOB :
Quel bilan dressez-vous de ce colloque finalement ?

CBC : Comme elle le fait souvent l’Arene IDF a essayé de dédramatiser un peu ce sujet devenu passionnel de l’emploi dans l’environnement. Nous voulions fournir aux acteurs, à ceux des énergies renouvelables et aux autres, des solutions affinées pour qu’ils puissent mieux anticiper. L’exemple donné aujourd’hui par ce responsable qui gère 500 managers en Rhône-Alpes illustre parfaitement bien notre démarche je pense… Il n’y avait peut-être pas suffisamment de monde à notre goût aujourd’hui à Bruxelles mais, comme souvent dans ces cas-là, attendons la diffusion des comptes-rendus de ce colloque pour voir quels sont les retours et si les idées exposées ici peuvent être imitées ou susciter de nouvelles collaborations ensuite. Si c’est le cas nous aurons rempli notre mission.

ENVIROJOB :
D'autres initiatives sont-elles prévues aujourd’hui à l'Arene pour aider à la création  d’emplois dans le secteur de l’énergie?

CBC : Absolument oui, avec le réseau TEE et différents partenaires (Diren, Conseil Régional, Ademe…) nous voulons poursuivre nos efforts en matière de valorisation des métiers et de formations liées à l’environnement. Nous mettons tous sur pied en ce moment un observatoire « Emploi-Energie » qui sera opérationnel fin 2009. Il s’agit d’une base de données, qualitative et quantitative, dans laquelle nous intègrerons pour commencer des éléments sur deux filières : celle du bois et celle de la biodiversité.  Cela devrait nous permettre petit à  petit de dresser une typologie de l’emploi par secteur : quels métiers ? Combien d’emplois ? Quels niveaux de qualification ? Le but étant de valoriser les métiers méconnus et surtout de savoir, à un moment « T », de combien de bûcherons on a besoin, combien d’élagueurs, de transporteurs, de gestionnaires de plate-formes…Il reste encore du travail mais nous progressons !

Pour en savoir plus :

Mathieu Duchesne.

Crédits de l'illustration : DR