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27 avril 2009
Economiste au CIRED, le Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement, l'ingénieur Renaud Crassous-Doerfler fait le point sur l'économie verte. Etat des lieux.
ENVIROJOB : Une nouvelle économie verte va-t-elle véritablement entraîner la création de millions d'emplois ?
Il faut distinguer deux types d’opportunités dans la transition vers une économie profondément « plus verte ».
Premièrement, la majorité des acteurs économiques anticipent aujourd’hui à la fois un renforcement continu des régulations environnementales par la puissance publique et une place croissante des préoccupations environnementales dans les choix de consommation (panier de légumes, façons de faire du tourisme) et d’équipements (voiture, logement...). Sous l’effet de ces deux dynamiques, les entreprises vont devoir « verdir » en profondeur leur offre et leurs pratiques, au-delà des efforts continus déjà faits, et cela induira donc de nouvelles activités spécifiques, donc des emplois nouveaux…
A l’échelle de l’économie tout entière, il est difficile d’affirmer quelle part de ces emplois nouveaux seront bien des emplois additionnels, voire de vérifier que cette évolution créera plus d’emplois qu’elle n’en détruira. En effet, une économie « verte » est sobre en matières premières, en énergie, en déchets, en véhicules particuliers surdimensionnés... – si bien qu’elle va aussi conduire à une réduction de volume d’affaires pour un certain nombre de secteurs, ce qui limitera le bénéfice global sur l’emploi. La création de nouvelles activités et la disparition d’anciens secteurs vont souvent de pair.
ENVIROJOB : Et le deuxième type d’opportunités possibles ?
Et bien, deuxièmement, pour permettre une évolution rapide de la régulation environnementale, l’Etat pourrait aussi se donner de vraies marges de manœuvre et entreprendre une « réforme fiscale écologique », en substituant, au moins partiellement, la fiscalité verte aux prélèvements sur l’emploi. Ce serait un vrai déblocage...
ENVIROJOB : La France n'est qu'au 15ème rang mondial des producteurs d'énergie éolienne or de nombreux emplois non-délocalisables pourraient être créés non ?
Le levier principal de l’Etat est la régulation environnementale. Elle oriente les anticipations et peut créer de l’activité. Mais l’impact sur l’emploi national dépend largement des secteurs.
Les emplois créés par l’installation d’une nouvelle éolienne ? Ils ne concernent pas tellement la production du matériel – c’est la Chine qui produit maintenant plus de 60% des composants d’éoliennes dans le monde – et le bilan est relativement maigre une fois l’éolienne en fonctionnement. Les emplois vraiment non délocalisables restant sont du côté administratif (préparation des dossiers et instruction du côté public), puis pour le montage in situ et la maintenance.
Dans le nucléaire, une relance importante se profile et la croissance des besoins internationaux va probablement déboucher sur une vague de recrutement, dans la maîtrise des technologies et dans toutes les activités connexes. Dans le BTP, surtout, il peut y avoir un vrai appel d’air pour des emplois qualifiés pour la construction d’infrastructures et pour mettre en œuvre les normes énergétiques les plus exigeantes dans le neuf et dans la rénovation. Cela aura un effet positif sur l’emploi total si le volume d’affaires est augmenté par un grand plan de rénovation et d’infrastructures.
Au final, l’Etat ne peut pas tout. Par son pouvoir régulatoire, il peut accélérer une révolution « verte », pour des raisons environnementales mais celle-ci est freinée par la crainte collective du coût de la transition. A condition qu’une main d’œuvre qualifiée de manière adéquate soit disponible, l’accélération de cette transition s’accompagnera de nombreuses créations d’emplois.
ENVIROJOB : Vous maîtrisez bien les questions liées aux enjeux climatiques. A votre avis, de nouveaux métiers liés à cette thématique vont-ils se développer dans nos pays ?
Les collectivités locales élaborent des plans climat territoriaux, qu’il faut construire, mettre en œuvre, suivre, actualiser. Les organismes publics et parapublics doivent renforcer leur capacité de planification, de suivi et de régulation dans ce domaine. De nombreux cabinets de conseils se développent pour faciliter ces évolutions dans le public comme dans le privé.
De nombreuses entreprises vont développer dans les années qui viennent leurs capacités à répondre d’une part à la réduction de leurs propres émissions de gaz à effet de serre, d’autre part à la conception de produits permettant de réduire ces émissions dans toute l’économie (production d’énergie renouvelable, nucléaire, bâtiments efficaces, réseaux intelligents, voitures hybrides et électriques, logistique, fret ferroviaire et fluvial...). Du côté des impacts du changement climatique ? On ne pourra les éviter totalement et les métiers de l’assurance vont devoir s’adapter et proposer de plus en plus de couvertures.
L’enseignement supérieur est en train d’intégrer cette dynamique, avec la création, au moins dans les écoles d’ingénieurs, de nombreuses filières liées à ces nouvelles activités. Il faut absolument que le mouvement suive à tous les niveaux de formation, des ouvriers du « bâtiment efficace » aux techniciens des nouvelles formes de production d’électricité.
Envirojob
Crédits de l'illustration : DR