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Conçu par Federec en 2000, et encore très rare en France, le CAP Opérateur des industries du recyclage (OIR) forme du personnel capable de prendre en charge la pesée, le tri et la préparation des matériaux pour toutes les filières. Le CFA des métiers de l'environnement d'Artigues-près-Bordeaux propose ce CAP en alternance, depuis 2005. Très vite un double défi s'est imposé : attirer des jeunes pour qui le mot déchet ne rime qu'avec éboueur mais aussi vaincre certaines réticences des professionnels.
« C'est quoi cet univers de fou ? ». Voilà la remarque courante d'un néophyte qui découvre une entreprise de recyclage pour la première fois. Des camions qui circulent dans tous les sens, du bruit, du travail en extérieur... « Dans un premier temps, les élèves se sentent un peu perdus face à tout ce mouvement ! », note Sandrine Léger, responsable du CAP OIR au CFA.
Federec souhaitant attirer des jeunes dans ces métiers, les responsables de formarec, son organisme de formation, voulaient que le CAP soit décliné en alternance, réservant ainsi l'accès à la formation aux jeunes âgés de 16 à 25 ans. Créé en 2005, le CFA des métiers de l'environnement s'est imposé comme un lieu de choix pour accueillir des jeunes recrues venues de toute la France : « Nos élèves sont nourris et logés sur place puisque nous disposons d'un restaurant et de 190 chambres. Nous sommes proches de Bordeaux et le tramway n'est qu'à 10 minutes à pied ». Pour le CAP OIR, le CFA a une capacité d'accueil de 15 élèves. La région Aquitaine prend en charge à 100 % tous leurs déplacements, quelle que soit leur région d'origine. Les élèves paient une partie de leurs frais d'hébergement et de repas, subventionnés à 50 % par la Région.
Après avoir prospecté les entreprises du recyclage ayant un besoin de main-d'oeuvre, l'équipe du CFA étudie les CV des jeunes pour constituer une promotion qui sera formée pendant deux ans. Missions locales et ANPE sont le principal vivier. Mme Léger précise les qualités du candidat type : « Outre une bonne résistance physique, l'apprenti devra faire preuve de beaucoup d'énergie pour assumer des fonctions différentes dans l'entreprise . » Les femmes ne sont, bien sûr, pas exclues du recrutement, mais force est d'admettre qu'il peut y avoir des obstacles comme la nécessité de porter des charges très lourdes dans certains secteurs ou l'absence de vestiaires ou de douches réservées. Autre difficulté pour recruter : faire disparaître une équation simple et bien ancrée dans l'esprit des jeunes : déchets = poubelles = éboueurs ! Donc à la clef un métier non valorisant. « Les jeunes ne se représentent pas du tout ce que sont les métiers du recyclage. Il faut donc leur dessiner les contours d'un secteur inscrit dans l'industrie qui exige un savoir-faire. Et les métiers sont loin d'être routiniers ! » Technicité et diversité : deux armes de séduction !
Avant d'être définitivement recrutés, les aspirants-opérateurs passent quelques jours dans l'entreprise qui les embauchera pour tester leur motivation et aplanir leurs craintes d'être propulsés dans le monde du travail.

Les matières générales côtoient les matières professionnelles. Les apprentis étudient la structure des matériaux, leurs propriétés, leurs utilisations industrielles et leurs valorisations. Toutes les filières sont au programme : métaux et alliages, papiers et cartons, verre, matières plastiques, textiles, plumes et duvets ainsi que les produits à usage spécifique tels que solvants, batteries, huiles... Enfin, les enseignements professionnels présentent les techniques et les matériels de réception, de tri et de conditionnement. À la fin de la formation, trois filières doivent être très bien maîtrisées et connues grâce, notamment, à des visites in situ.
La qualité du tri étant fondamentale dans le recyclage, une description détaillée des filières est faite en classe, depuis l'extraction ou la fabrication de la matière première à son réemploi : « Leurs gestes doivent être intégrés dans un contexte . ». En conséquence, l'équipe pédagogique, qui associe professeurs et professionnels du recyclage, emmène régulièrement les élèves visiter des industries qui exploitent en aval la matière première recyclée.
Les apprentis passent une semaine en centre de formation puis trois semaines en entreprise sauf pendant les trois premiers mois où ils passent plus de temps en cours afin de faciliter leur insertion dans le monde du travail : « Il est indispensable de les amener à un certain niveau dès le départ en leur faisant assimiler les termes techniques qui seront ceux de leur responsable . » Chaque promotion est répartie dans un maximum de filières. En règle générale, la moitié des apprentis est destinée au recyclage des métaux, le reste de l'effectif se répartissant dans le papier carton, le plastique, le verre et les bois et palettes. Même si le référentiel prévoit que les élèves peuvent aller en déchetterie ou en centre de tri de déchets ménagers, ces sites ne sont pas privilégiés par le CFA : « Vers ce type de structure, nous orientons plutôt les élèves du CAP gestion des déchets et propreté urbaine », précise Sandrine Léger.

En entreprise, l'âge des apprentis peut poser problème car les métiers du recyclage exigent d'avoir une culture du risque et de la sécurité que peu de jeunes ont. « De ce fait, nous évitons de recruter des apprentis de 15-16 ans. C'est trop jeune. Et puis pour eux, le rythme de travail serait trop en rupture avec leur rythme scolaire . » Conséquence : les apprentis ont en moyenne 21 ans. En outre, les entreprises, surtout petites, ont beaucoup d'idées reçues qu'il faut affronter : « Certaines d'entre elles ne prennent pas le temps de nous recevoir car elles sont très craintives vis-à-vis du public jeune. Pour elles, ils ne veulent pas travailler . »
Alors comment casser les a priori négatifs ? Présenter l'apprenti au chef d'entreprise comme une source d'économies ? « Ce n'est pas un levier sur lequel on peut vraiment agir car le recyclage n'a pas la culture de l'apprentissage comme dans l'artisanat. C'est un secteur qui ne connaît pas les modalités d'encadrement, ni de suivi d'un jeune . » Alain Pinet, directeur de Pinet Entreprise, spécialisée dans le recyclage des métaux et la location de bennes, a embauché Benoît Gratraud comme apprenti, il y a deux ans. Sa motivation de l'époque se résume en quelques mots : « La pénurie de main-d'oeuvre ! Elle est telle dans nos métiers que l'on passe outre nos réticences ! » Satisfait par le travail et l'attitude de Benoît, il vient de l'embaucher en CDI. « Le bilan de ces deux ans est positif puisque le profil de l'opérateur correspond bien à notre besoin. Mais le CACES de Benoît n'est pas très adapté à la pratique de chez nous. Et bien sûr, il lui faudra encore beaucoup de temps pour qu'il soit vraiment performant sur son poste ». Un délai que Alain Pinet estime à environ trois ans de travail à temps plein sur le terrain. Sur ce point, il reconnaît qu'être jeune peut être un obstacle pour être embauché sur ce type de poste. Mais il soutient l'alternance : « Il faut que ce genre de formation crée un gros appel d'air vers nos métiers. Les jeunes ne voient pas le panel de postes qui existent ! Nos métiers sont très variés. » Point très positif : le dirigeant d'entreprise envisage de prendre un autre apprenti du CAP pour sa demande d'agrément destiné au démontage des VHU. Avis aux motivés !
Recyclage Récupération : Comment avez-vous eu connaissance du CAP OIR proposé par le CFA ?
Benoit Gratraud : En 2005, j'étais en recherche d'emploi depuis environ trois mois, lorsque j'ai trouvé une brochure du CFA à l'antenne de l'ANPE. Ce CAP m'intéressait car j'avais déjà travaillé dans la ferraille comme métallier-serrurier-forgeron. J'ai contacté le CFA et j'ai été pris. C'était un peu déjà comme une reconversion. Mais cela ne me gênait pas. Et puis il faut bien avoir du boulot !
R. R. : Comment se sont passés ces deux ans de formation ?
B. G. : Bien. En cours, je m'entendais avec tout le monde. Pour l'entreprise, c'est le CFA qui prenait les contacts pour les élèves. Ainsi, j'ai eu un rendez-vous avec M. Pinet et deux semaines après, il m'a dit qu'il m'embauchait comme apprenti. Pendant cette période, j'ai occupé plusieurs fonctions : accueil du client, pesée, tri et rangement des métaux. Je participais aussi à ce que tout soit en ordre sur le site. Aujourd'hui, j'ai les mêmes fonctions et je suis en CDI, à 35 h par semaine.
R. R. : Envisagez-vous de rester dans le recyclage et d'éventuellement retourner en formation ?
B. G. : Je suis bien dans cette entreprise, alors pour la poursuite d'études, je ne sais pas encore. Pendant les cours, j'avais bien aimé la présentation de la filière « Plumes et duvets ». J'appréciais le contact avec cette matière et les étapes de préparation étaient intéressantes : comment laver, sécher... Dans le recyclage des métaux, il n'y a pas tout ça. Cela dit, c'était sympa les plumes, mais je ne sais pas si j'aimerais y travailler. En tout cas, je ne regrette pas mon ancien métier.
Durée : deux ans.
Fonctions de l'opérateur :
1 - Réception, tri, conditionnement et stockage de la matière première.
2 - Maintenance des machines et des matériels.
3 - Contrôle de qualité des étapes de la chaîne de traitement des matières d'oeuvre.
Certificats complémentaires : compte tenu des activités mais aussi des secteurs visés, le CFA permet aux apprentis de passer le CACES et le certificat de sauveteur secouriste du travail comme le préconise le référentiel.
Matières enseignées : sciences appliquées à l'environnement, sciences appliquées aux matériaux et produits recyclables, technologies, techniques professionnelles, français, mathématiques, sciences physiques, vie sociale et professionnelle, histoire et géographie, éducation physique et sportive. Techniques de recherche d'emploi. Outils bureautiques et informatiques.
Code Rome : 45414 - agent de traitements dépolluants
Lieu de formation : CFA de l'Environnement-MPS Aquitaine, 24, avenue de Virecourt, 33370 Artigues-près-Bordeaux
Contacts : Mme Sandrine Léger, tél. : 05 56 77 33 08 ; s.leger@mps-aquitaine.org
Recyclage-Récupération, 16 juin 2008