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Afin d'accroître la professionnalisation du tri, la filière des pneumatiques usagés, structurée depuis le décret de 2002, possède une formation spécifique au métier de trieur de pneus.
Ouverte aux salariés déjà en poste dans la filière, elle leur permet, dans le cadre de l'alternance, d'approfondir leurs connaissances et facilite pour les professionnels la transmission des savoirs. Pour le moment, un seul centre de formation, situé dans le Jura, propose ce CQP unique en France.
Le certificat de qualification professionnelle Opérateur-trieur pneus usagés a vu le jour en décembre 2006, associant Rudologia et Calao productions, deux organismes de formation professionnelle continue. Il a été créé dans le cadre du projet Evade, (emploi valorisation déchets), impulsé par Federec et Rudologia-pôle de compétences déchets, qui vise à mettre en place des formations qualifiantes sous forme de CQP. Mais pourquoi le Jura ? « C'est tout d'abord une question de rencontres », précise Bénédicte Gaudin, responsable du CQP et intervenante pour Calao Productions. « Afin de monter une formation dans le domaine du pneu, nous avions contacté Michelin, qui nous avait alors orientés sur Aliapur, la société de référence dans la valorisation des pneus usagés. En parallèle, Rudologia nous a contactés pour monter une formation dans le domaine des pneumatiques. » De fil en aiguille, le réseau d'intervenants et de financeurs possibles s'est constitué sous l'égide de Federec. Calao productions s'imposait comme un organisme de formation de premier choix, car il avait ouvert, en décembre 2005, un atelier régional Bourgogne-Franche-Comté de Vulcanisation-Réparation.
Intérêt majeur de cette formation : formaliser, organiser et donc simplifier la transmission d'un savoir où tout passe par l'oralité : « Il n'existe aucune formation initiale du métier de trieur dans les entreprises de recyclage de pneus usagés », précise Claude Chevassu, responsable du secteur pneumatique chez Calao. « Tout s'apprend durant l'activité professionnelle, par une tradition exclusivement orale. »
Seule formation de ce type en France, le bassin de recrutement dépasse les limites du Jura : « La prospection est nationale. Nous avons eu un stagiaire qui venait de Bayonne ! » Chaque groupe est constitué d'une dizaine de stagiaires. « Nous ne souhaitons pas aller au-delà car la formation est très pratique et centrée sur une pédagogie active qui exige une forte participation des stagiaires. Au-delà de dix personnes, la gestion peut devenir trop complexe. »
Le profil des stagiaires, tous en formation continue, est très varié. Ainsi, chefs d'entreprise, responsables de collecte, chefs d'équipe côtoient les agents trieurs de base. Cette diversité s'explique : le cahier des charges de la certification de service valorpneu-qualicert, mise en place par Aliapur, précise que pour être certifiée, une entreprise prestataire doit disposer d'au moins un trieur titulaire du CQP pneus usagés. Un trieur ou une simple personne physique ? Un petit glissement sémantique expliquerait l'afflux de personnes qui n'ont pas forcément les mains dans le caoutchouc toute l'année...
Mais la parité fait encore défaut : « Depuis le début, nous n'avons formé que des hommes ». Là encore les exigences physiques et matérielles du métier ne sont pas étrangères à ce constat : travail en extérieur, sous la pluie, sur des sols glissants, port de charges lourdes comme les pneus de poids lourds... Une solution ? « Il faudrait faire des aménagements de postes très conséquents avec un degré élevé de robotisation et d'automatisation pour supprimer le port de charges, par exemple. » Mais au-delà de l'ergonomie des postes de travail, ce sont aussi les mentalités qui doivent évoluer : « Le monde du pneu reste très masculin et il est toujours difficile d'aller à rebours des schémas de pensée ! », constate Bénédicte Gaudin.
Enfin, le panel des âges est très varié : des jeunes récemment embauchés se retrouvent auprès de plus anciens ayant deux décennies d'expérience. Pour Bénédicte Gaudin, cette diversité est un ressort pédagogique intéressant car elle amène une certaine émulation : « Les plus anciens se sentent gratifiés d'apporter leurs connaissances tandis que les plus jeunes sont avides de montrer qu'ils peuvent apprendre et s'intéresser à ce métier ».
À l'issue de la formation, l'opérateur-trieur de pneus usagés doit être capable de réceptionner, charger et trier les pneus. La formation théorique dure quatre-vingts heures et se répartit sur trois semaines. La première semaine, qui se déroule à Rudologia (Lons-le-Saunier), reste généraliste sur le thème des déchets : producteurs, filières de traitement et de valorisation, impacts sur l'environnement et risques majeurs. Elle peut se solder par la visite d'un centre de tri de déchets ménagers recyclables, d'un site de tri DEEE (déchets d'équipement électrique et électronique) ou encore d'un CSDU, centre de stockage de déchets ultimes. Les deux autres semaines, qui se déroulent sur le site de Calao (Dole), sont centrées sur les pratiques de tri et la filière des pneus usagés : nature et origine des pneus, réglementation, classification des pneus, organisation de la collecte, valorisation... « Les stagiaires sont formés au tri fin, c'est-à-dire qu'ils doivent savoir distinguer un PUR, pneu usagé réutilisable d'un PUNR, non réutilisable, tout en sachant s'adapter à la demande du client. » En plus de plateaux techniques adaptés (ateliers de réparation, de vulcanisation, tables de tri...), Calao présente aux stagiaires son « musée » qui recèle de nombreuses pièces sur l'histoire du pneu depuis plus de cent ans.
La collaboration avec des organismes extérieurs n'est pas en reste. Ainsi, le pneu est étudié sous toutes ses coutures (dimensions, marquages, cotes...), grâce à des intervenants du CEFM, centre d'échanges et de formation de Michelin. Un ergonome pour la manutention et le rangement des pneus intervient également. Enfin, des visites de site de rechapage (Pneus Laurent rechapage) et chez des négociants spécialistes pour le montage - équilibrage sont organisées. « Les stagiaires doivent avoir une vision longitudinale de la filière la plus complète possible. En leur montrant l'amont et l'aval de leur métier, cela place leur pratique et leur savoir-faire dans un contexte plus global. Ils savent à quoi sert leur travail et cela les motive », insiste Mme Gaudin. Cette formation théorique est complétée par la formation en entreprise d'une durée de cent vingt heures chez l'employeur essentiellement, en accompagnement avec un tuteur formé par Calao (voir encadré). L'ensemble de la formation dure ainsi six mois.
En fin de formation théorique, un bilan des connaissances a lieu : QCM, questions de cours, schémas à compléter mais aussi un test pratique qui consiste à trier vingt pneus de véhicules légers et utilitaires. À la fin des six mois, une ultime évaluation a lieu, qui prend en compte d'autres critères : autonomie du candidat, capacité à prendre en charge d'autres tâches, à organiser son poste de travail dans le respect des consignes de sécurité...
Depuis décembre 2006, les promotions se sont succédé à raison de trois sessions de formation par an. Les points forts ? « Je dirais l'échange des savoirs et des pratiques entre stagiaires, mais aussi la prise de recul par rapport au métier. Beaucoup nous disent : "Maintenant, je sais à quoi sert mon métier " ». Quant aux points à revoir, outre l'inconvénient que les cours soient dispensés sur un double site, il semble que le volume horaire alloué à la formation soit un peu court au vu de la complexité du secteur et du métier. Des propositions d'enrichissement du référentiel et d'allongement de la formation ont été faites dans ce sens. « Mais le CQP est proposé dans le cadre de la formation continue. Cela limite naturellement le nombre d'heures car les salariés ne sont pas remplacés pendant ce temps de formation. »
Après la formation, les titulaires du CQP pourront prétendre à une augmentation auprès de leur employeur. Mais attention ! Le CQP n'étant reconnu que dans les entreprises de la branche, l'entreprise doit être affiliée à Federec pour pratiquer cette hausse de salaire. Ce point souligne le problème de la spécificité intrabranche des CQP. Ce cloisonnement est d'autant plus gênant dans des filières où de nombreuses branches professionnelles sont représentées. « Pour nous, ce point est délicat car nos stagiaires viennent d'environ une dizaine de branches : caoutchouc, voitures, transport, déchets, recyclage, commerce ... », regrette Mme Gaudin.
La formation n'est pas ouverte aux demandeurs d'emploi. « Nos promotions sont suffisamment alimentées par la formation continue. Mais nous pourrions ouvrir le recrutement aux chômeurs ». Il faudrait alors prévoir de nombreux aménagements : mise en place d'une campagne d'informations auprès des ANPE et des missions locales, recherche active de lieux d'accueil des stagiaires... « De plus, il faudrait vraiment revoir le volume horaire de la formation, car il deviendrait vraiment insuffisant pour un public non issu du monde du pneu ».
La prochaine session du CQP trieur pneus usagés, délivré par Federec, démarrera le 30 mars 2009. Les personnes intéressées peuvent commencer à envoyer leur candidature. La première semaine, généraliste sur le thème des déchets, aura lieu sur le site de Rudologia (Lons-le-Saunier) du 30 mars au 3 avril. Puis elle se poursuivra sur le site de Calao, du 20 au 24 avril, puis du 25 au 29 mai 2009. Ce deuxième temps de formation sera consacré à la présentation de la filière des pneus usagés et à l'apprentissage des pratiques de tri. La formation est soutenue par Aliapur qui exige dans le cadre de sa certification de service Valorpneu-Qualicert que l'entreprise prestataire dispose d'au moins un trieur titulaire du CQP formé dans le courant de la première année de contrat.
Date : À partir du 30 mars 2009.
Lieu : Lons-le Saunier, Dole (Jura).
Organisateurs : Rudologia-Calao Productions.
Durée : six mois (quatre-vingts heures en centre à temps plein-cent vingt heures en entreprise).
Capacité : 10 personnes, en formation continue.
Fonctions de l'opérateur : réception, chargement, déchargement, rangement et tri des pneus usagés toutes catégories.
Modules enseignés :
A- Panorama du secteur d'activité ;
B- Sécurité et conditions de travail ;
C- Récupération, valorisation et recyclage des pneumatiques.
Intervenants partenaires : Calao productions, Rudologia, Aliapur, CEFM Michelin, Professionnels du pneu (Pneu Laurent, Schrader SAS, Chevassu SAS, Euromaster Dole).
Coût : 1 110 euros HT (prise en charge par les OPCA, organismes paritaires collecteurs agréés)
Contact : Mme Bénédicte Gaudin, SCIC Calao Productions, 210 avenue de Verdun, BP 400, 39 100 Dole, tél. : 03 84 82 88 64 contact@calaoproductions.com ou Rudologia, 295 rue Georges Trouillot, 39 000 Lons-le-Saunier, tél. : 03 84 86 15 80.
Afin d'améliorer l'encadrement des stagiaires dans l'entreprise et à la demande d'Aliapur, Calao Productions a mis en place une formation des tuteurs qui auront la charge d'assurer le suivi des cent vingt heures en entreprise. D'une durée de trois jours, elle a pour objectif de définir leurs missions (accompagnement et évaluation) et de leur apprendre les bases de la pédagogie : savoir détecter une situation de travail formatrice, créer dans l'entreprise les conditions favorables à la transmission des connaissances... « Ce sont souvent des chefs ou des responsables de secteur dans le tri des pneus, volontaires pour le tutorat. Ce sont de bons professionnels qui ont de l'ancienneté. Nous devons les amener à se poser la question centrale de leur rôle de tuteur : "Je fais bien mon métier mais est-ce-que je sais le transmettre" ? Nous leur donnons les outils méthodologiques pour les y aider. » Les techniques de communication orale, de conduite d'entretien et de gestion des conflits sont aussi présentées. Le tuteur pourra ensuite prendre en charge deux voire trois stagiaires.
Recyclage Récupération, 12 janvier 2009
Crédits photo: Aliapur, Rudologia