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L'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (Ademe) va étendre le concept de conseil en énergie partagé au niveau national. L'occasion d'homogénéiser une pratique qui a essaimé de manière anarchique. Petit rappel des missions du conseiller énergie...
Dès la fin 2009, l 'Ademe va lancer un dispositif national pour développer le concept de conseil en énergie partagé (CEP) que proposent déjà, sous différentes formes, soixante-cinq structures à 4 310 communes de moins de 10 000 habitants (sur 35 000 en France). Celles-ci disposent en effet rarement d'une compétence en énergie dans leurs services. Des actions simples peuvent pourtant leur permettre d'économiser 2 à 3 Euros par an et par habitant sans investissement ou presque. « Nous avons travaillé à partir de 1995 avec quarante communes des Côtes-d'Armor pour définir ce concept grâce auquel les petites communes mutualisent les compétences d'un "monsieur énergie" » , témoigne Yvon Basset, délégué régional adjoint à l'Ademe Bretagne. Ce service est généralement proposé par les agences locales de l'énergie, dont ce fut l'une des premières missions. Les communes y adhèrent en s'acquittant d'une cotisation annuelle comprise entre 1 et 1,20 euro par habitant (hors subventions de l'Ademe locale, du département, de l'intercommunalité...).
Depuis la création du premier service CEP par l'ALE de Rennes (Clé) en 1997, l'idée a fait des émules, principalement en Poitou-Charentes, Rhône-Alpes et Paca, tandis qu'en Picardie se développait le concept voisin de conseil énergétique intercommunal rural (Ceir). La Bretagne compte neuf services CEP dans lesquels onze conseillers travaillent avec quelque 150 communes (dont une quarantaine rien que pour la Clé). En Poitou-Charentes, le Pays rochefortais emploie un conseiller qui travaille à mi-temps pour dix-huit villes. Celui de GrandLieu, Machecoul, Logne (Loire-Atlantique) a élargi l'an dernier son dispositif pour couvrir quatorze communes, avec un poste et demi de conseiller. Dans le département du Lot, Quercy Énergies emploie un conseiller depuis 2002. La majorité des 85 communes inscrites comptant moins de 500 habitants, les modalités tarifaires ont été adaptées. À Clermont-Ferrand, en revanche, l'Adhume n'a pas réussi à pérenniser son dispositif, tandis que le conseil général de Seine-Maritime cherche toujours à recruter pour lancer prochainement le sien. « Le concept s'est répandu de façon désordonnée et, à chaque fois, s'est adapté au contexte local », constate Marie Baton, au service animation régionale de l'Ademe.

D'où l'intérêt du futur dispositif, qui devrait permettre de gagner en lisibilité et en efficacité. « L'Ademe va créer un poste spécial ainsi qu'un comité de pilotage pour mettre au point ce dispositif national qui sera évalué au bout de cinq ans. Ses modalités ne sont pas encore arrêtées, mais les principales caractéristiques du CEP seront maintenues. Nous soutiendrons en outre méthodologiquement toutes les structures porteuses, mais nous ne financerons que les premiers postes créés », précise Marie Baton. Coût annuel moyen d'un tel poste : 50 000 euro. L'Agence va par ailleurs prioritairement cibler les structures intercommunales, relais naturels des CEP, sans fermer la porte aux autres en fonction des particularités locales. « ALE et pays se situent à la bonne échelle d'intervention et sont les structures les plus à même de pérenniser les emplois de conseiller » , considère Yvon Basset. Les communes pourront, elles, continuer à bénéficier de subventions locales. « Cette aide déclenche souvent l'adhésion, mais le concept, très efficace, ne fonctionne qu'à condition que les élus s'impliquent et donc qu'ils paient une partie du service », reprend Yvon Basset.
Mais c'est dans la mesure de l'efficacité des actions engagées grâce au CEP et dans la collecte nationale des données que le bât blesse. Ainsi, seules 9 expériences de CEP sur les 78 analysées par les auteurs du rapport d'évaluation « ont pu fournir des informations au moins partielles sur les économies d'énergie réalisées, en kilowattheures ou en euros ».
« Il serait vraiment temps que Declic, le logiciel support de l'Ademe, soit modernisé et permette enfin une comparaison nationale des données. Ce serait idéal, au moment où nous souhaitons passer la main aux pays », s'impatiente Jean-Paul Fialip, conseiller chez Quercy Énergies. « Une nouvelle version est prévue pour la fin de l'année, rassure Marie Baton. Il s'agira d'une application en ligne permettant de constituer une base de données nationale.» Parmi ses nouvelles fonctionnalités : moins de saisies manuelles, des fonctions de suivi de préconisations ou la création d'indicateurs locaux, régionaux et nationaux. Notons que l'Ademe proposera également des formations, un kit de communication et qu'elle actualisera son guide méthodologique paru en 2003.
Le conseiller en énergie partagé réalise un bilan énergétique de la collectivité et suit ensuite ses consommations durant trois ans. Pendant cette période, il lui propose des actions d'amélioration, l'assiste dans ses projets de construction ou d'utilisation des énergies renouvelables et anime des actions de sensibilisation. « Cette tâche d'animation n'est pas à négliger, souligne Paulo Dos Santos, conseiller à l'Agence locale de l'énergie de Rennes (Clé). Le CEP devient un point d'entrée à la mise en place d'autres actions, comme une approche environnementale de l'urbanisme (AEU) ou un pédibus.» Si certains fournisseurs d'énergie ou bureaux d'études proposent un service approchant, mais sans cette valeur ajoutée. Ni le partage d'expérience entre adhérents... On compte pour l'heure soixante-dix équivalents temps plein de conseillers en France. Un poste correspondant en général à 40 000 habitants.
Aller plus loin :
http://www.ademe.fr/bretagne/actions_phares
Environnement Magazine, avril 2009