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Chargé de traquer l'inconfort thermique, le thermographe doit bien connaître l'objet qu'il étudie et faire preuve d'intuition. Il doit surtout apprendre à s'imposer dans un secteur où le pire et le meilleur se côtoient.


Si les constructeurs tentent de démocratiser l'accès aux caméras thermiques, tout le monde ne semble pas sur la même longueur d'onde. « On peut faire dire tout et son contraire à une image colorée. Il ne suffit pas de tenir un appareil pour devenir thermographe du bâtiment », prévient le gérant du bureau d'études Edge Ingénierie, Phan Ly Quang.
Voilà pour la théorie. Parce qu'en pratique, il n'existe à ce jour aucune formation officielle et n'importe qui peut donc se prévaloir d'exercer l'activité. Y compris les vendeurs de produits d'isolation qui savent transformer une photo en outil marketing. Ou les conseillers autoproclamés, qui sans être malhonnêtes, induisent souvent un client en erreur en interprétant une image de manière discutable.
« La profession suit une mauvaise pente », regrette Steve Kapfer, fondateur du bureau d'études Batipur. Pessimismes sur leur activité, les thermographes sont enthousiastes dès lors qu'il s'agit de vanter les mérites de la discipline. « Elle nous permet d'aller au-delà du bilan thermique et de comprendrecommentse comporte réellement le bâtiment, explique Phan Ly Quang.
Prenons un exemple. Sans images thermiques, si l'on constate qu'un mur est constitué de parpaings et recouvert d'un isolant, on doit faire l'hypothèse qu'il est homogène… Mais c'est une hypothèse par défaut », insiste-t-il. Plus nuancée, l'image montre précisément d'où vient l'inconfort : une tranchée électrique qui amène l'air froid, un isolant mal posé…
Pour que l'image ait un sens, encore faut-il avoir la capacité à définir les conditions optimales de prise de vue. Le thermographe est d'abord un matinal. « Tout est faux à dix heures du matin », prévient Dominique Pajani, président de l'Institut de la thermographie. Comme tout bon photographe, le professionnel prépare son travail pour vérifier que la météo est bonne et choisir le meilleur angle.
Il étudie les matériaux, leurs comportements radiatifs… Avec la thermographie aérienne s'ajoute une couche aéronautique.
« Même si le pilote reste seul maître à bord, il faut connaître les autorisations à demander ou l'altitude à laquelle voler. Et il est préférable d'avoir des compétences en cartographie », note Sylvain Pierrard, qui a effectué des thermographies aériennes pour le Laboratoire national de métrologie et d'essais (LNE) pendant sept ans. Pour cela, « pas besoin d'être docteur en physique, poursuit-il. Une connaissance de l'objet thermographié est de loin préférable. » Steve Kapfer acquiesce. « Mieux vaut être complet.
La thermographie ne sert à rien sans audit ou sans discussion avec le maître d'ouvrage, insistet-il. L'activité demande un bon esprit de déduction. C'est un travail d'enquêteur dans lequel on sait que les informations manquent. Il est essentiel de ne pas avoir d'oeillères et de connaître le bâtiment de A à Z. » Arrivé dans ce secteur après une reconversion professionnelle, lui n'a pas hésité à multiplier les expériences sur des chantiers et les formations sur les modes de construction, l'infiltrométrie et la thermographie.
« Le thermographe est un mélange de thermicien et de petit futé », résume Dominique Pajani. Assembler, puis interpréter les images et leurs discontinuités requiert un savant mélange de savoirs fondamentaux et d'intuition. Le thermographe doit deviner ce radiateur derrière la paroi qui fausse la lecture, comprendre sur une image aérienne que telle maison n'était pas chauff ée au moment du survol et que tel bâtiment peut être à tort considéré comme mal isolé s'il restitue de l'énergie solaire accumulée…

Si de nombreux projets ont été lancés par la dynamique du Grenelle, l'effet de mode semble être retombé en partie. Alors que le métier n'a que quelques années, les thermographes les plus sérieux dé noncent déjà la mise en péril d'un secteur fragile. « Certaines personnes ont fait miroiter des choses intenables », regrette Sylvain Pierrard. Le coup de fouet salutaire pourrait venir d'une découverte : « le chiffre ». C'est la quête du Graal de la profession : déterminer un paramètre objectif qui lui permette de s'intégrer dans la réglementation. À l'instar de la notion d'étanchéité à l'air dans le monde de l'infiltrométrie. Alors que l'étanchéité est un phénomène physique, la thermographie est une approche plus sensorielle où l'on montre des phénomènes. Les thermographes espèrent malgré tout. Avec l'insouciance de la jeunesse.
Crédits photos : Institut de la thermographie, DR
OD
Contacts
> Phan Ly Quang, tél. : 06 78 13 95 25.
> Dominique Pajani, dominique.pajani@institut-thermographie.com
> Sylvain Pierrard, sylvain.pierrard@lne.fr
> Steve Kapfer, tél. : 06 62 55 50 89.