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Elles ont entre vingt-cinq et une quarantaine d’années…Responsables d’exploitation, bras droit d’un dirigeant, chefs de projets, bref chacune d’entre elles occupe des responsabilités. Venues de différents horizons professionnels, dans un secteur longtemps réservé aux hommes, elles apportent une nouvelle vision du monde du recyclage. Quelques-unes d’entre elles ont accepté de répondre à nos questions.
Sommaire
Sandra Rossi, 36 ans, responsable de gestion administrative et commercialeCertaines sont tombées dans le milieu quand elles étaient petites ! Filles, petites-filles, voire arrière-petites-filles de ferrailleurs ou de chiffonniers, elles passaient, gamines, une partie de leurs mercredis sur les chantiers.
Et ont « logiquement » choisi de prendre le m ême chemin que leurs aïeux ! C’est le cas de Sandra Rossi, 36 ans, responsable de la gestion administrative
et commerciale de l’entreprise familiale, « Rossi récupération », dans le Vaucluse. « Un arrière grand-père dans les chiffons et peaux de lapins, un grand-père dans les ferrailles et métaux, un père qui a monté son affaire dans le papier, carton, verre et palettes… depuis toute petite, j’ai baigné dans ce monde-là », explique Sandra qui s’est orientée vers des études de commerce et comptabilité (elle est titulaire d’un BTS, décroché en alternance), « avec la vague idée de rejoindre un jour la société ».
C’est ce qu’elle fait, à 26 ans, « tout simplement à la demande de son père », après une première expérience dans le domaine de la fabrication d’arômes alimentaires. Si elle dit ne pas avoir rencontré de difficultés particulières, « je suis venue sans a priori, avec juste l’envie de travailler ! », elle aime parfois s’appuyer sur d’autres femmes, notamment au sein de Federec, pour mener à bien certains dossiers : « On se concerte, chacune apporte son expérience, c’est agréable… »
Stéphanie Briane, 29 ans, responsable d’exploitationA-t-on forcément envie lorsque l’on a grandi dans un monde de récupérateurs de s’engager dans cet univers ? Assurément non, si l’on en croit Stéphanie Briane, 29 ans, responsable d’exploitation chez Briane environnement, une société créée à l’origine par son grand-père. « Je m’étais plutôt promis de ne jamais y aller.
J’en avais marre de voir des monceaux de verre et de ferraille des fen êtres de la maison ! », s’amuse t-elle.
Adolescente, Stéphanie se rêvait plutôt officier dans la police scientifique ! Las ! Ayant raté les concours, elle se tourne à 22 ans vers la société familiale ! « Et là, lance t-elle, j’ai découvert tout un monde que je croyais connaître mais dont j’ignorais presque tout ! » Avant de se lancer, la jeune femme a préféré suivre pendant neuf mois une formation en partenariat avec Federec. Dans ses fonctions, Stéphanie dit s’épanouir pleinement : « C’est passionnant, je touche à tout ». Le fait d’évoluer dans un univers d’hommes ne lui pèse pas du tout, elle qui parie « sur le côté franc et direct des relations en général. Au début, il y a bien eu des petits conflits mais maintenant, chacun connaît mon tempérament ! Il ne faut pas se laisser marcher sur les pieds, et prouver dès le début que l’on est tout à fait capable de réussir ! »
Hélène Fourment, 26 ans, responsable d’exploitationProuver ce dont elle était capable ! C’est aussi ce qui a motivé Hélène Fourment, 25 ans, la benjamine de cette enqu ête ! Hélène est entrée très jeune dans le métier, à tout juste 20 ans !
Aujourd’hui, elle est responsable d’exploitation au sein de la société paternelle : elle assure les fonctions commerciales et gère le transport et la logistique.
« J’ai aussi d’autres casquettes, comme la mise en place de la certification ISO 14001, un projet, passionnant mais pas toujours facile à mener car je n’avais pas de formation de base ! »
Aussi les conseils d’un cabinet spécialisé lui ont-ils été précieux. « C’est un atout, peut être une qualité féminine, d’oser reconnaître que l’on ne sait pas toujours tout ! ».
Une humilité que l’on retrouve quand elle évoque son entrée dans la société ! « Oui, au début, cela m’a fait un peu peur, parce que je cumulais deux handicaps : femme et jeune ! »
Hélène a donc hésité, menant son DUT en travaillant en alternance dans une banque, « mais je ne me retrouvais pas dans ce monde-là ». Finalement, elle accepte la proposition d’un CDD faite par son père. Après un second CDD, « une règle dans la société », Hélène est embauchée. Et ne regrette absolument pas son choix ! « Le fait d’ être une femme ? Je le perçois plus comme une qualité, une femme, c’est moins brut de décoffrage, cela apporte d’autres manières de faire ! L’entrée d’une femme sur un chantier interpelle encore mais ne choque plus, alors que pour mon grand père, une fille sur un chantier de ferraille, c’était inimaginable ! »
Christine Wilkens, 36 ans, responsable administrative et financièreLe métier s’est ouvert et modernisé. Et nous y avons notre place ! Voilà ce que disent aussi celles qui ne sont pas issues directement du monde de la récupération. « Un pur hasard ! » Voilà comment Christine Wilkens, 36 ans, de la société Cornu (Groupe CometSambre) à Wasquehal, est entrée dans le métier ! À moins qu’il ne s’agisse d’une capacité à provoquer la chance !
« Comme de nombreux jeunes gens, je ne savais pas trop quoi faire ! » Après un BTS, elle entre dans la distribution textile. Puis devient indépendante en reprenant une société de textile publicitaire à Lille. La plongée dans le monde inconnu de la récupération ? « Pour entreposer mes textiles, je louais une partie des locaux de l’entreprise Cornu. J’avais de bonnes relations avec le dirigeant Pierre Cornu. Je lui ai simplement dit que je cherchais un travail à mi-temps, le temps d’honorer les dernières commandes de ma société et de changer de voie ! J’en avais assez de travailler toute seule à longueur de journée… »
Sitôt dit, sitôt fait, la jeune femme débute à la bascule. « C’était dépaysant ! » Depuis, elle a pris des galons : elle est responsable administrative et financière du site de Wasquehal (depuis sept ans) et de celui de Denain (depuis près de deux ans), le tout en collaboration avec un collègue. « Pourquoi je suis restée ? La mentalité de ce monde m’a plu tout de suite ! C’est une ambiance, avec des codes, des valeurs ! De plus, culturellement, avec un père allemand et une mère danoise, j’ai toujours été attirée par les questions de recyclage ! »
Un monde parfait alors ? « Il arrive que l’on me dise « passez-moi votre patron ! », ou alors qu’un transporteur ait l’air de ne pas vous prendre au sérieux, parce que vous êtes une femme, mais vraiment, les choses changent ! Le métier s’est ouvert ! »
Véronique Vrillet, 36 ans, assistante de directionÉtudiante en sociologie à Tours, Véronique Vrillet, 36 ans, (de la société Fournier Métaux à Toulouse) était elle aussi loin, bien loin du monde de la récupération ! « Quoique, nuance celle pour qui la sociologie « est une vision globale du monde : on ne peut pas réfléchir et penser en cloisonnant les choses, je crois que finalement tout est lié ! »
Licence en poche, l’étudiante entre en maîtrise, tout en se posant des questions quant à son avenir : « j’étais à un moment de ma vie où je cherchais ce que je voulais faire ». Pragmatique, la jeune femme se tourne vers l’ANPE, réalise un bilan de compétences. « Assez vite, j’ai su que je voulais travailler dans les déchets ! » Elle postule à Bordeaux pour une formation de responsable d’exploitation des industries du recyclage, cogérée par Federec. Et là, déception ! « Ils ont estimé que j’avais un profil plus public que privé, et m’ont mise en liste d’attente ! » Après quelques aléas, « j’ai fait le forcing », dit-elle en riant, elle intègre la formation ! Puis décroche un stage qui se transforme en un contrat à la communauté d’agglomération de Pau.
Suite à son déménagement sur Toulouse, s’ouvre une période de recherche d’emploi. « J’ai cherché dans le public, sans succès ! Alors, un jour, j’ai pris l’annuaire de Federec et j’ai envoyé des courriers ! »
Objectif affiché : travailler chez un ferrailleur ! « Ce sont des gens à part, de fortes personnalités, cet univers me touche, j’aime ces matières, leur aspect, leur odeur, peut être parce mon grand père était forgeron ». Les réponses ne se font pas attendre ! « Monsieur Fournier m’a contactée, à la base il s’agissait de mettre en place un projet de déchetterie professionnelle ! ». De fil en aiguille, Véronique met le nez dans tous les dossiers, jusqu’à travailler aujourd’hui en étroite collaboration avec le dirigeant.
Sylvianne Declercq, quadragénaire… et 15 ans de métierLa beauté d’un chantier de ferrailles, Sylvianne Declercq peut en parler longuement ! Cette quadragénaire chaleureuse, dans le métier depuis quinze ans, est entrée chez Galloo par nécessité… et n’en est plus jamais repartie ! « J’étais déclarante en douane, raconte t-elle, mais avec l’ouverture des frontières, je me suis retrouvée sans travail ».
De son premier poste à la « bascule » sur le site d’Halluin, où elle réceptionnait les ferrailles, à la direction, en binôme avec le fils du patron, d’un gros site, celui de Carmi (Comptoir anichois de récupération des métaux industriels), dans le Nord, Sylvianne s’est vite prise au jeu, réalisant un parcours sans faute ! « Pourtant, le premier jour, il y avait ces tas de ferrailles partout, il fallait connaître tellement de choses sur les qualités des matières ! Je n’étais pas sûre de vouloir revenir ! Mais en m ême temps, quelque chose a été plus fort : c’est un univers où j’ai senti tout de suite que je n’allais pas m’ennuyer ! » Ce qu’elle aime encore aujourd’hui ? « Le contact avec les gens, de toutes origines, de toutes classes ! » Pour elle, être une femme dans ces métiers n’est nullement un handicap : « m ême s’il ne faut pas se laisser faire, être hardie ! Si vous êtes correcte avec les gens, il n’y a pas de raison qu’ils ne soient pas loyaux en retour ! C’est vrai pour les femmes comme pour les hommes, non? »
Recyclage Récupération, octobre 2007