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La santé de la filière eau et assainissement se mesure à celle des opérateurs historiques, qui maintiennent le volume de leurs recrutements.
Avec 16 milliards d'euros de chiffre d'affaires par an et 124 000 emplois1, la filière eau et assainissement reste un poids lourd de l'environnement en France. Le marché est mature, les technologies globalement éprouvées et l'emploi se maintient chez les deux opérateurs privés historiques des services, Suez et Veolia, soutenu par leur leadership mondial en ingénierie-construction et en exploitation. Chez ces majors rejoints par le groupe Saur, le volume de recrutement est resté relativement stable depuis deux ou trois ans et, sans surprise, majoritairement axé sur des profils techniques en exploitation.
Les ouvriers et les agents de maîtrise de formations bac + 2 représentent le gros des troupes. Et, selon la Fédération professionnelle des entreprises de l'eau (FP2E), la moitié des recrutements du secteur ont concerné, en 2006, des jeunes de moins de 26 ans, soit une hausse de 17 % par rapport à 2004, avec un recours croissant à l'apprentissage. Quant à l'embauche des cadres, principalement des ingénieurs d'exploitation, maintenance, travaux ou d'études, même stabilité des embauches, en proportion 10 % des effectifs.
« Notre potentiel de croissance est aujourd'hui davantage tourné à l'international, 12 000 recrutements en 2008 au niveau mondial, qu'en France où nous sommes sur une logique de stabilisation. En 2009, on prévoit quand même une baisse de l'embauche par rapport à 2008, à attribuer aux conséquences de la crise. En raison de la durée et de la nature de nos contrats, nous ne sommes pas autant touchés que d'autres ; mais le secteur n'est pas totalement imperméable à la conjoncture » , analyse François Lüdemann, en charge de la gestion des cadres chez Veolia eau.
Dans ce contexte , pas de tendance lourde, mais des ajustements. « L'heure est plutôt à la maîtrise des coûts et de l'embauche, concède Frédéric Henrion, directeur des ressources humaines chez Lyonnaise des eaux. Ce qui n'empêche pas l'existence de nouveaux relais de croissance sur les énergies vertes, la protection de la ressource, la télérelève et globalement sur la commercialisation des services » , souligne le responsable, en référence notamment au lancement d'un réseau commercial sur l'assainissement non collectif et les eaux pluviales pour les particuliers et d'une offre sur la gestion globale de fluides (eau, électricité, gaz). « En plus d'un besoin permanent de techniciens spécialisés qui s'ouvrent à la récupération de l'énergie, nous allons recruter plus de profils bac +2 en action commerciale pour des missions de vente de services. Côté ingénieurs, le boom actuel de la télérelève nécessitera des spécialistes en systèmes informatiques alors que la protection de la ressource, qui a fait son entrée opérationnelle en 2006 avec la création d'un nouveau service en Ile-de-France, devrait essaimer bientôt dans le reste de la France » , souligne Frédéric Henrion. « La relation commerciale est une dimension qui va monter en puissance sur l'ensemble des postes, confirme Valérie Decaux, directrice des ressources humaines du groupe Saur. Fait nouveau pour le secteur, nous allons renforcer nos équipes commerciales en régions. Nous privilégierons la compétence des candidats et leur connaissance des collectivités à leurs diplômes. Le secteur de l'eau a eu un peu trop tendance à vivre en vase clos ; nous voulons élargir le profil des cadres recrutés. »
L'expérience de Jacques Dolmazon, président de Canalisateurs de France, P-DG de Chapon TP |
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Conserver nos effectifs Avec en 2007, plus de 45 000 emplois et un chiffre d'affaires de 6 milliards d'euros sur les réseaux d'eau et d'assainissement (chiffres FNTP), les canalisateurs pèsent lourd dans la filière. Mais avouent un manque de visibilité.
« On espérait une relève au dernier trimestre 2009, ce qui ne sera pas le cas. Nos carnets de commande continuent à se vider et nos prix à baisser, souligne Jacques Dolmazon, nouveau président de Canalisateurs de France à la tête de Chapon travaux publics. On peut imputer une part de la situation à la crise. Mais notre profession, qui travaille presque exclusivement sur appels d'offres publics, se heurte également au manque de confiance des élus devant les mesures annoncées sur la taxe professionnelle, les réformes des collectivités et des services de l'État en région. » Son entreprise de 50 salariés est spécialisée dans les réseaux humides (eau, assainissement, irrigation). Sur les chantiers travaillent une dizaine d'encadrants - chefs de chantier de niveau bac+2 ou ingénieurs conducteurs de travaux - et une trentaine d'exécutants dont beaucoup de jeunes de 16 à 18 ans recrutés en alternance. « Pendant dix ans, on a beaucoup misé sur l'apprentissage (3 à 4 postes créés par an) des CAP canalisateurs, conducteurs d'engin aux chefs de chantier. Avec la conjoncture actuelle, l'objectif de nos petites structures n'est plus d'embaucher, mais de conserver nos effectifs. » |
Environnement-Magazine, décembre 2009