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Respecter la réglementation, garantir la sécurité sur son site... Voilà le rôle du directeur d’établissement. Mais la gestion des risques sort du champ purement technique : elle passe désormais par l’acquisition d’une culture de la sécurité.
Elles sont 50 000 en France. Les installations classées, qui comportent un risque pour l’environnement et la santé humaine, sont soumises à une réglementation foisonnante et à des contrôles supposés réguliers. C’est pour simplifier la tache des chefs d’entreprise et alléger l’agenda des contrôleurs que le gouvernement a mis en place un nouveau système. Ce « troisième régime », dit d’enregistrement, pour lequel l’ordonnance a été publiée au JO le 12 juin dernier, va réduire le nombre des installations soumises à une procédure d’autorisation.

Qu’est-ce que ça change pour un directeur de site ? Sur le fond, rien du tout. Aux yeux de la loi, l’exploitant - et par délégation, le directeur d’un établissement - est responsable de son installation depuis sa création jusqu’à sa mise en arrêt ou son transfert. « Sur un site industriel, un exploitant, un directeur de site ou un responsable HSE ne traitent pas que le risque industriel majeur, l’explosion ou la contamination chimique , rappelle Sylvain Chaumette, de l’Ineris. Son double objectif est de s’assurer que les contraintes réglementaires, comme les procédures de déclaration ou d’autorisation, le transport de produits dangereux ou encore l’application de la directive Reach sont bien mises en oeuvre, tout en s’assurant que les règles internes du groupe sont, elles aussi, respectées ». En d’autres termes, à lui d’identifier les risques, de former le personnel, de sécuriser les conditions de travail...
La clé de voûte du système, c’est le contrôle. « En interne, nous nous basons pour l’autocontrôle sur un référentiel de sécurité industrielle mis au point par notre organisme de conseil sur la maîtrise des risques DNV, qui réalise aussi un audit tous les deux ans. Et sur les six derniers mois, nous avons pratiqué deux audits internes à l’initiative de la direction générale. Enfin, nos certifications Iso 9001 et Iso 14001 nous permettent de progresser », détaille Jean-Michel Maillet, le directeur du terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne (société Elengy, filiale du groupe Suez Gaz de France).
Encore faut-il que l’entreprise et le chef d’établissement soient attentifs à ces paramètres. « La culture de la sécurité est bien assimilée dans les secteurs qui côtoient régulièrement le risque : les entreprises de l’aéronautique ou de la chimie, comme 3M ou DuPont de Nemours ; mais le problème vient des PME et TPE, qui disposent de moins de moyens et voient encore la sécurité comme une contrainte. Au mieux, elles ne vont pas au-delà de ce qu’impose la loi », constate Philippe Laffite, superviseur environnement pour l’Apave.
Les choses évoluent pourtant. Selon Jean-Michel Maillet, « il y a eu un changement dans la façon dont on aborde la sécurité sur les sites industriels. La vision est beaucoup plus transversale, elle touche tous les postes du site. Et paradoxalement, on a besoin de beaucoup plus de spécialistes connaissant bien la réglementation ».
Ainsi, chez le numéro un mondial du nucléaire, Areva, c’est au siège que l’on trouve un corps de spécialistes, d’experts, dont le rôle est de soutenir les directeurs de sites dans l’application de la réglementation et sur des questions techniques. « Nous avons réuni, au début de l’année, les directions 3S et environnement. Elles sont complémentaires et une direction commune permettra de mieux nous adapter aux évolutions », indique Jean-Luc Andrieux, directeur sûreté, santé, sécurité, environnement d’Areva.
L’autre nouveauté dans la maîtrise des risques industriels, c’est la communication. « Nos clients sont beaucoup plus orientés vers la démonstration de leurs performances. C’est désormais à l’entreprise de montrer qu’elle maîtrise les risques. C’est vrai pour les risques majeurs, mais aussi sur les aspects sociétaux et environnementaux » , explique Thomas Valtier, chez DNV. La réglementation, via justement l’apparition de régimes d’enregistrement, ou encore la réalisation de rapports annuels pour les sociétés cotées, pousse évidemment dans cette direction. « On travaille bien et on le fait savoir. À tout le monde, et pas seulement aux autorités ou à notre direction générale », indique Jean-Michel Maillet, au terminal de Montoir. Cette communication vers les riverains, parties prenantes, est devenue de plus en plus importante ces cinq dernières années. « Les entreprises doivent aujourd’hui être en mesure de répondre aux attentes de la société civile », ajoute-t-il.

« Nos clients sont aussi demandeurs de vrais plans de communication. Ils veulent savoir sur quoi communiquer et quand », reprend Thomas Valtier. « Car pour l’heure, vis-à-vis des parties prenantes, ils ne communiquent pas véritablement là où on les attend. Les indicateurs ne sont pas forcément les bons. Les comités locaux d’information et de concertation ont justement été créés par la loi Risques de 2003 pour améliorer ça, mais ils ne couvrent pas tout », estime-t-il.
Repérer, maîtriser, réduire les risques... Reste désormais à les anticiper. L’inventaire 2009 du Barpi (Bureau d’analyse des risques et pollutions industrielles du ministère chargé de l’Écologie) montre que le facteur humain prime dans 61 % des accidents survenus dans l’industrie en 2008. Il ne s’agit pas forcément de négligences, mais parfois d’un manque ou d’une mauvaise organisation.
Pour Sylvain Chaumette, de l’Ineris, les facteurs humains et organisationnels sont encore trop peu pris en compte. « On recherche encore trop souvent les défaillances techniques ou humaines pouvant mener aux accidents, en négligeant les contraintes organisationnelles. Or, s’arrêter à ce premier niveau n’est pas suffisant. Il faut se poser d’autres questions : si le matériau utilisé n’est pas le bon, pourquoi a-t-il été retenu ? Qu’est-ce qui a été propice à cette défaillance ? Le tout afin de mettre en place une nouvelle organisation qui empêche ces dérives. »
Ce facteur humain fait l’objet d’études au sein du pôle analyse et gestion intégrée des risques à l’Ineris. « L’objectif est de développer des méthodes et des outils pratiques pour que ces facteurs soient pris en compte », rappelle Sylvain Chaumette. Dans les secteurs où une véritable culture du risque existe (nucléaire, aéronautique...), c’est déjà fait. C’est ainsi l’un des grands chantiers actuels d’Areva. Mais cette façon de voir les choses n’a pas atteint encore la chimie ou la pétrochimie. « Dans la plupart des sites industriels, les DRH et les responsables HSE sont pour beaucoup venus de l’ingénierie, ils ont une vision très, voire trop, technique du risque », rappelle Sylvain Chaumette.
L'avis de Philippe Prudhon, responsable sécurité au sein de l'Union des industries chimiques (UIC) |
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| Environnement-Magazine, octobre 2009 |